Le nu en atelier préparatoire.
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Le nu ou modèle vivant fait partie des connaissances requises pour les concours des grandes écoles d’Art. Des planches doivent se trouver dans le dossier remis le jour du concours d’entrée, principalement pour les arts décos et les beaux-arts, mais aussi pour les écoles d’animation dont les gobelins. Pour faire suite à un précédent article sur le blog relatif au « nu féminin versus masculin », j’ouvre ici une série dédiée au modèle vivant et de ses techniques telles que mes étudiants de première année en prépa ensad ensba Gobelins & inp exploitent cette discipline. Première partie L’essence de la discipline : S’il est commun d’entendre que l’exercice de modèle vivant serait dépassé – quelques écoles de province (EPCC) ne le pratiquent plus – c’est certainement parce qu’il réclame comme une condition de réussite des dispositions plastiques précises, dont la compréhension et l’acceptation de contraintes liées à l’utilisation d’outils rigoureux dans un lapse de temps déterminé. Une discipline subséquemment exigeante qui remet constamment en question les capacités plastiques réelles du plasticien. Le temps imparti pour parvenir à l’Idée (temps de pose) est contraint et nécessite maîtrise et technicité ; il conforte forcément l’acquis de l’expérience et entraîne une maîtrise de la discipline quand celle-ci est encore incomplète. On peut donc affirmer sans crainte qu’il est autant possible d’admirer le modèle vivant posant que le travail plastique qu’en aura tiré l’artiste. Le choix du modèle est fonction de sa personnalité en rapport avec l’Idée. Photo Koronin, cours de nu sur le thème des postures et compositions de Ingres. Il n’existe aucune règle précise (outre les habituels académismes parfois lassants) concernant les médiums (crayons, encres, peintures, feutres etc.) & supports (papiers divers, cartons, bois, toiles etc.) à utiliser pour l’exercice. L’important est de disposer d’un instrument courant facilement sur le support, l’essentiel étant de pouvoir consécutivement disposer de moyens de conservation et d’entreposage évitant de présenter aux concours ensad ensba des originaux en piètre état. Exercer le modèle vivant : L’une des erreurs les plus fréquentes, à laquelle Koronin fait systématiquement la chasse en cours, est de moins regarder son modèle que sa feuille. L’étudiant conscient de ce qu’est le croquis regarde moins sa feuille que le modèle. Au cours d’une pose de dix minutes, il peut en passer six à observer, à voir, et à peine trois à dessiner. En observant : Mon prochain article traitera plus précisément des techniques du modèle vivant – à la prépa Koronin.. Seconde partie Par leur paganisme, les grecs de l’antiquité représentèrent par le nu la somme de la beauté. L’Art Chrétien, qui considérait l’homme (& la femme) comme fruit de péché, y ajouta une dimension chaste emprunte de retenue. Sans doute dans la crainte de ce fanatisme religieux, l’art renaissant se limita à tenter éviter les bûchers des vanités, avant que des Titien et des Rubens ouvrent la voie esthétique de la représentation de l’Homme terrestre et qu’au siècle suivant le nu devienne frivolité, et enfin imaginaire romantique avec Delacroix. A notre siècle, le nu, devenu « modèle vivant », est l’exercice type de la prépa aux concours d’entrée des écoles d’art ensad (arts décoratifs) ensba (beaux arts de Paris) Gobelins (école des métiers de l’image et du son, côté dessin d’animation) etc. Il permet à l’étudiant d’analyser les moyens d’expression de la matière vivante face aux matières non organiques, du corps dans l’espace, de son interaction sur l’environnement par l’action des contrastes de matières, de lumières, et de parvenir à créer l’illusion de la réalité – et de la vie ! – sur une surface en deux dimensions. Le cours de nu du vendredi chez Koronin – 9h à 16h. 8h45, le modèle vivant va entrer en salle de classe. Tout est pour le recevoir : salle chauffée, étudiants à l’aise devant leurs chevalets ou pupitres – instruments & supports prêts. A 8h55 précise, la porte de l’atelier est fermée ; il n’y a évidemment rien de plus irrespectueux pour le modèle qu’un quidam qui arrive en retard et gêne d’autant le début du cours, notamment lorsqu’il commence par taxer ses copains parce qu’il a, en plus et généralement, oublié son matériel ! Le professeur fait la chasse aux personnes assises devant leur chevalet ; un chevalet d’atelier est fait pour travailler debout, car cette position vous permet de prendre rapidement du recul et d’embrasser du regard l’ensemble de votre feuille, sans pour autant modifier votre hauteur d’œil – et donc sans modifier l’espace perspectif ! 9h, le professeur allume les lumières, rappelle ses consignes, répond aux questions et lance la première série de poses, en adéquation avec la demande de certains étudiants, qui incluront leurs croquis dans la démarche de leurs projets personnels. Discussions avec le modèle : « tu peux accentuer tel geste, le faire suivre par tel autre ? Tu peux décomposer tel ou tel mouvement, les prépas Gobelins ont besoin d’une suite de six intervalles pour… » - Prendre les mesures : Le modèle prend la pose, définit dans un lapse de temps donné, disons 5 minutes. Tout étudiant doit – pour réussir à maîtriser cette discipline – être capable de croquer puis dessiner des poses allant de quelques secondes à plusieurs heures, sans faiblir dans la qualité plastique de rendu. - L’équilibre : Le point remarquable du modèle doit être trouvé. Ce point remarquable est son équilibre. Il détermine le mouvement par dépassement de ce point et permet de dessiner votre modèle, la tension de la pose, en évitant le côté statique ou autre aspect de chute. Il transfère à la pose l’idée de poids, de placement ainsi que toutes les compensations des membres, postures des bras, jambes, appuis, écartement des pieds. Dernière partie de notre visite du croquis de nu en atelier prépa (ensba ensad gobelins inp etc.), avec cette fois-ci le mouvement. Nous sommes toujours au cours du vendredi, les poses s’enchainent, mes étudiants changent régulièrement de place – celles & ceux qui sont devant passent derrière, de droite à gauche, afin que personne ne garde tout le temps le même espace perspectif, travaille debout puis assis, et inversement. Comme je l’ai toujours dit, un étudiant en prépa ensad ensba gobelins etc. chez Koronin apprend & évolue perpétuellement dans la difficulté, la sécurité des acquis étant au contraire le meilleur moyen de stagner ! Après avoir vu que l’étudiant prend correctement les mesures (mensurations du modèle qui définissent son identité physique) de son modèle, en exprime l’équilibre dans sa représentation plastique (éviter d’avoir l’impression que le modèle tombe d’un côté), il est temps de s’intéresser à une notion fondamentale de la discipline : le mouvement. Un bon croquis de nu, un bon dessin de modèle vivant ne peuvent être autre chose que des représentations qui nous donnent l’illusion de la vie. Le travail du mouvement y contribue car il anime la totalité du corps en créant une réaction en chaîne dès qu’un membre – bras, jambe, tête) tend à déséquilibrer le reste du corps. Le modèle, pour ne pas choir, y compris rouler sur le côté lorsqu’il est couché – doit demeurer en équilibre, ou simuler l’instant critique avant le déséquilibre (exemple, la marche à pieds, la course). L’étudiant qui pense réussir les concours ensad ensba et gobelins etc. et présente ses planches de modèle vivant doit témoigner de cette capacité à lier : Ensuite viennent les compositions de pages, beaucoup plus sympas que l’éternel croquis paumé au milieu de la feuille. Nous ne parlerons une prochaine fois, avec le croquis au trait ; qui devrait intéresser les prépas inp. |
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